La carte postale de Doria (1ère partie)

de | 21 septembre 2009

Doria MICHEL, ancienne apprentie du CFA BPF, est actuellement au Niger pour enseigner la boulangerie dans un centre de formation professionnelle à Niamey. Partie pour un an en Afrique noire, elle nous fera vivre son aventure au gré de ses envies, de ses impressions, de ses anecdotes… Voici donc sa première carte postale. Bon voyage !

– A la découverte du Niger –

Pour tous ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle Doria, j’ai suivi la formation CAP boulanger au CFA BPF de l’INBP avec Laurent Guilbaud. A peine sortie de l’INBP on me propose un poste de formatrice en boulangerie au Niger dans un centre de formation professionnelle à Niamey en partenariat avec le Comité Français de Secours aux Enfants. Ni une, ni deux, mes valises sont bouclées. Quelle occasion unique et quelle aventure se présente à moi !

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Me voici débarquée fin juillet en Afrique. Premier choc : le climat. En effet j’arrive en pleine saison des pluies. J’arrive tard dans la nuit, la chaleur mais surtout l’humidité est déjà étouffante. On m’annonce qu’il a plu toute la journée. Ici tu es le bienvenu et cela se ressent. On ne te laisse même pas porter tes bagages (je dois vous avouer que je suis partie pour un an donc des bagages j’en ai !). Mais surtout les gens te saluent tous, te sourient.

Je passe mes 2 premières semaines à visiter des boulangeries et à faire connaissance avec l’équipe de production du Centre Agapé-Niger, mon lieu de travail. Ici, on perçoit la boulangerie différemment de chez nous. Ce à quoi je ne m’attendais pas c’était la consommation du pain par les nigériens. Malgré leurs faibles revenus (un nigérien gagne en moyenne 30 000 francs CFA soit 45 euros par mois) la population consomme pas mal de pain.

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La boutique du centre de formation

A l’exception du Centre qui fait de la vente, les boulangeries locales ne vendent pas directement le pain dans leur boutique mais à des revendeurs que l’on appelle chaïman qui viennent chercher ou se font livrer les baguettes. À ma demande je vais bosser 2 nuits chez un boulanger de la ville.

On m’a mise au travail dès mon arrivée et tout comme au Centre il y a de l’ambiance dans les équipes. Tout le monde fait sa part de travail, chez eux les postes sont définis : vous avez un pétrisseur, des manœuvres, des enfourneurs mais chacun donne un coup de main quand même aux autres. Ici le boulot est très physique plus qu’en France. Déjà la chaleur est insoutenable, je suis en sueur à dégouliner toute la nuit, en plus le four fonctionne au bois avec un chargement de foyer qui se fait sur le côté. La trappe du foyer reste ouverte, vous avez toute la chaleur qui vient vers vous. J’ai vraiment passé une excellente nuit avec toute l’équipe, ils m’ont parfaitement intégrée à leur équipe, appris quelques mots zerma et haoussa les deux principales ethnies présentes à Niamey.

Ils ont trouvé belles et bonnes les baguettes que j’ai faites pourtant moi je ne les trouve pas terribles ! Mais ici c’est très difficile donc dès qu’ils aperçoivent quelque chose qui ressemble un peu près à une baguette ils sont contents.

Les pâtes chauffent très vite malgré les dizaines de kilos de glace que l’on met dans le pétrin, les farines viennent du Bénin parfois de France mais elles ne sont pas terribles et pour la plupart cela fait des mois qu’elles sont stockées là.

J’ai passé une grosse nuit dans la boulangerie j’étais crevée. Je ne sais pas comment ils font pour enchaîner des journées de 24h comme celle-ci (en 24h avec le peu de matériel qu’ils ont et les conditions) ils font quand même près de 5 000 baguettes par tranche de 24h. Ma deuxième nuit se déroule donc avec l’autre équipe. Le jeune Almustafa que je supervise est venu quand même, malgré qu’il venait de faire 24h et qu’il rebossait le lendemain. Cette fois ci l’équipe est beaucoup plus jeune : moyenne d’âge doit tout juste atteindre les 18 ans. Toujours le même nombre de commandes. On fait une pause de 18h à 20h pour manger et les prières.

On passe un excellent moment dehors tous ensemble, on m’apprend quelques mots en zerma, la manière dont on se salue entre jeune, écoute de la musique, me montre tous leurs portables (qui ressemblent à ceux que l’on avait il y a 10 ans mais qui, ici, sont exceptionnels).

A 20h on retourne au taf, enchainant les pétrins. J’apprends à quelques manœuvres à se servir d’une balance, ce qui peut vous sembler aberrant mais qui est courant ici, la plupart ne savent même pas lire. Généralement, seuls les pétrisseurs, les gérants et compteurs savent lire et compter. On repart au boulot avec de la musique ce qui est super sympa cela donne un bon rythme, tout le monde est heureux sauf qu’on écoute Céline Dion, oui vous avez bien lu, ils écoutent de la variété comme Céline Dion, ils connaissent les paroles par cœur, et à côté de cela ils sont fan de rap et reggaes. En fait ils écoutent de tout.

À 0h30 on a fini, ce qu’ hier on avait mis jusque 2h à faire, mais on n’a pas eu de problème de pluie ni d’électricité comme la veille. Ici les coupures d’électricité sont quotidiennes surtout en ce moment avec les orages.

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Une diviseuse manuelle, moi qui ai bossé que sur des diviseuses volumétriques, je vous laisse imaginer la débauche d’énergie pour faire près de 5 000 baguettes par tranche de 24h.

Après 15 jours comme ceux-ci à découvrir le Niger, ma véritable mission commence : la formation des 8 jeunes (dont 1 fille) qui ne connaissent rien à la boulangerie.

Il existe vraiment plusieurs profils. Par contre ils sont plus âgés que je ne le pensais (environ 20 ans). Le but de la formation est d’aider ceux en difficultés qui n’ont pas de travail et la plupart ont arrêté l’école à 14 ans. Certains parlent à peine français ou ne savent ni lire ni écrire. Les journées passent à une vitesse folle, cela fait près de 4 semaines que je suis là et je n’ai rien vu passer, j’ai l’impression d’être arrivée hier.

La formation se déroule très bien, les élèves sont en constante progression, notamment en théorie où cette semaine c’était les calculs de poids de pâte et d’ingrédients, ce qui n’est pas évident surtout quand vous en avez qui ne savent pas se servir d’une calculette. Bref cela se passe bien mieux que je ne le pensais. Je pensais que cela me prendrait des jours et des jours à leur apprendre mais en fait la semaine leur a suffi.

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Amah, le Big Chef de production du centre Agapè

Le matin on fait de la production jusqu’à 13h30 à peu près. Puis c’est la pause pour aller manger mais surtout pour aller prier et boire le thé. Le Centre fournit aux élèves une ration de 500 francs CFA (ce qui fait 5 francs soit un peu moins d’un euro) mais ici vous avez de quoi vous acheter un morceau de pain d’y mettre une brochette dedans et de vous acheter un solani. Le solani, c’est excellent, ça ressemble au Yop, c’est un genre de yaourt à boire qui coûte 100francs CFA, il existe une dizaine de goûts différents et constitue la plupart de mes repas du midi avec un chausson à la viande. Bref tout cela pour dire que tu manges très bien pour moins d’un euro.

Les élèves reviennent vers 14h15, on va alors en salle cours faire de la théorie jusqu’à 15h30 environ. Puis tout le monde se met au ménage et la descente se fait vers 16h. Voila à quoi ressemble une journée type de formation.

Déjà un mois que je suis au Niger et pour l’instant je suis encore dans l’émerveillement. Pour l’instant tout se déroule à merveille, j’ai passé un premier mois riche en diverses expériences aussi bien humaines avec tous les jeunes que professionnelles notamment l’adaptation aux matières premières.

Les gens t’invitent tous chez eux ou t’emmènent à des concerts de reggae, des matchs de foot. Ils sont fiers de te présenter à leurs familles.

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Les paysages ici sont sublimes. La ville de Niamey en elle-même est magnifique, située au bord du fleuve, elle compte près d’un million d’habitants sans immeuble ni building et pourtant en un quart d’heure en moto tu traverses la ville.

Les voyages en brousse sont très enrichissants humainement. Ici la brousse c’est dès que tu sors de la ville. On est donc parti vers 8h livrer des villages aux alentours de Niamey. Après une demi-heure de piste on arrive dans les premiers. Dans les villages il y a une très grande coopération entre les gens. Une personne s’occupe du feu, une du pilon, une autre du bétail, etc.…

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Scène de vie quotidienne au Niger, le bétail se balade au milieu de la civilisation, même ici en ville, j’ai déjà du m’arrêter en moto pour laisser passer une chèvre ou un mouton !

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Quand tu arrives dans les villages tous les enfants viennent te saluer et te voir. Tu te rends compte que les gens sont heureux ici alors qu’ils n’ont rien et cela, ça te remet à ta place.

Ici et de loin je ne suis pas la seule expatriée. Le Niger fait parti des pays les plus pauvres au monde et ils ont vraiment besoin d’aide. Il ne faut pas croire que l’on part faire de l’humanitaire et que l’on va sauver le monde.
Ce qu’il faut bien arriver à intégrer c’est que tu viens pour les accompagner grâce à des savoirs qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’apprendre. Le but c’est qu’ils arrivent à s’en sortir avec leurs ressources mais avec des méthodes de travail jusque là inconnues pour eux et qui leur sont très bénéfiques comme les créations de puits ou les techniques agricoles qui sont les principaux objectifs avec l’éducation des ONG présentes ici.
Du coup tu fais la rencontre de personnes que tu n’aurais peut-être jamais côtoyé en France : cela va du chef d’entreprise privée, à d’autres volontaires, mais aussi de retraités vivants ici car amoureux du pays. Il n’y a aucun clivage entre expatriés, tout le monde se côtoie et j’apprends énormément des autres de par leurs expériences. Les anniversaires et les soirées s’enchainent.

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Mais tu fais la connaissance également de beaucoup de locaux et c’est là que l’expérience vaut le coup. Jamais je n’aurai pensé être invitée à un mariage nigérien dès mon deuxième jour ici, ni assister à un match de foot avec des employés du Centre ou encore être invitée à manger à droite à gauche. On mange souvent dans des maquis où brochettes et frites sont à l’honneur avec un verre de bière locale et les matchs de foot sur écran géant (si vous n’aviez pas compris je suis fan de foot !) alors ce n’est que du bonheur.

@+
Doria

5 réflexions au sujet de « La carte postale de Doria (1ère partie) »

  1. Anonymous

    waouh tu m’as fait voyager avec ton recit! tu racontes très bien ton aventure, merci et bonne continuation
    Julienne

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  2. Anonymous

    fofo!!
    je trinque avec toi une « conjoncture »!
    bonjour à toute l’équipe.
    mélanie.

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  3. Anonymous

    Génial, moi je pars de suite pour le Niger !!!! Bon courage à toi et bonne coninuation….MJ-F

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